Dans le paysage culturel haïtien, le nom de Ronald Vital résonne comme celui d’un artiste engagé, animé par une profonde conviction : le théâtre peut être un puissant instrument de transformation sociale. Metteur en scène, scénariste, journaliste, communicateur et bibliothécaire, cet homme aux multiples facettes construit son parcours à la croisée de l’art, de la réflexion et de l’action citoyenne.
Né à Port-au-Prince le 9 novembre, Ronald Vital, plus connu sous le nom de Vital dans le milieu culturel haïtien, est diplômé en art dramatique du Conservatoire haïtien d’art dramatique (CHAD). Sa formation s’est enrichie au Théâtre national d’Haïti ainsi qu’à travers des expériences en jeu d’acteur et en réalisation cinématographique. Depuis 2021, il met également ses compétences au service du savoir en tant que chargé des collections en Langues, Littérature et Arts à la Bibliothèque de l’Université Quisqueya (BUniQ).
Mais l’histoire de sa rencontre avec le théâtre commence bien avant les salles de spectacle et les institutions culturelles. Dans son quartier natal, à la rue Montalais, à Port-au-Prince, une troupe composée d’étudiants de l’Université d’État d’Haïti répétait régulièrement en plein air. Fasciné par leur passion et leur énergie, le jeune Ronald se rapproche progressivement de cet univers. À la maison, les représentations télévisées de Théodore Beaubrun, plus connu sous le nom de Languichatte Debordus, nourrissent davantage son imaginaire. Le théâtre s’installe alors dans sa vie comme une évidence.
Cette passion le conduit d’abord vers le métier de comédien avant qu’il ne découvre sa véritable vocation : la mise en scène. Un tournant décisif survient en 2015 lorsqu’il dirige Le Pouvoir des Mots, premier spectacle du groupe G5Ayiti, avec le soutien de Frantz Eddy Manchiny Mésidor, cofondateur de la structure. Cette représentation marque profondément le jeune metteur en scène. Au-delà de la réussite artistique, ce sont les félicitations inattendues de personnes jusque-là critiques envers son parcours qui lui donnent la certitude qu’il a trouvé sa voie.
Depuis lors, Ronald Vital a signé plusieurs créations remarquées, parmi lesquelles De la Traversée à la grande cérémonie, Corps entre violence et quête de justice, Zegwi, Agir pour la réconciliation et la paix ou encore Renforcer l’éducation civique par le théâtre. Ces projets, réalisés en collaboration avec diverses organisations et institutions culturelles, témoignent de sa volonté constante d’utiliser l’art comme vecteur de sensibilisation et de changement.
Pourtant, l’artiste refuse de parler de succès. Derrière les applaudissements, il voit surtout les difficultés auxquelles sont confrontés les créateurs haïtiens. Selon lui, l’absence de mécanismes de financement adaptés demeure l’un des plus grands obstacles à l’épanouissement du secteur culturel. Une réalité qui nourrit chez lui une réflexion permanente sur la place de l’artiste dans la société et sur les moyens de soutenir durablement la création en période de crise.
Sa vision artistique s’inscrit dans la perspective de l’anthropologie théâtrale. Pour Ronald Vital, le théâtre est un espace où l’on reconstitue des microsociétés afin de mieux comprendre les relations humaines. « Comment mieux présenter un homme qu’en le représentant ?», aime-t-il rappeler. Dans son travail avec les comédiens, tout commence par la lecture et le questionnement. Ensemble, ils construisent progressivement le récit, explorent les émotions et donnent vie à l’histoire à travers le corps.
Sa démarche puise également dans les traditions culturelles haïtiennes. La musique traditionnelle occupe une place centrale dans ses créations, au point d’être considérée comme un personnage à part entière. Le vodou culturel nourrit également son univers artistique et renforce sa connexion avec les héritages spirituels du pays. Cette approche se combine aux influences des grandes écoles théâtrales, notamment la méthode de Constantin Stanislavski et la biomécanique théâtrale de Vsevolod Meyerhold, dont il revendique l’héritage.
Face aux crises qui secouent Haïti, Ronald Vital considère le théâtre comme un outil de résistance. Pour lui, l’art dramatique doit sortir des espaces traditionnels et investir tous les lieux de la vie collective : les écoles, les universités, les églises, les hôpitaux, les rues et les places publiques. Il croit fermement que les représentations théâtrales peuvent dénoncer les injustices, susciter le dialogue et contribuer à la recherche de solutions.
Visionnaire, il se projette déjà dans plusieurs décennies. Son ambition est de faire rayonner le théâtre haïtien sur la scène internationale, de recevoir les plus hautes distinctions artistiques et de créer une école d’art dramatique portant son nom. Plus encore, il rêve de laisser un héritage capable d’inspirer les générations futures et de révolutionner le théâtre ainsi que le cinéma haïtiens.
Et si sa vie devait être racontée sur scène, Ronald Vital lui donnerait un titre singulier : Sans titre. Une manière de rappeler que son existence ne saurait être enfermée dans une seule histoire. Après tout, comme il le dit lui-même, « ma vie est un spectacle de théâtre dont personne ne connaît la fin ».
