Il existe des institutions qui traversent le temps. D’autres traversent les tempêtes, résistant aux crises, aux incertitudes et aux blessures que l’histoire inflige. Foudizè Théâtre appartient incontestablement à cette seconde catégorie. Dans un pays que l’on décrit souvent comme un « cimetière de projets », où tant d’initiatives prometteuses s’éteignent avant d’atteindre leur maturité, réussir à exister, à créer et à se réinventer pendant plus de vingt-cinq ans relève d’une performance exceptionnelle. Dans une Haïti où l’insécurité grignote les espaces de liberté, où les crises politiques, économiques et sociales mettent à rude épreuve les artistes, et où la culture se bat chaque jour pour ne pas être reléguée au second plan, célébrer un quart de siècle de présence est bien plus qu’un anniversaire : c’est un acte de résistance.
Vingt-cinq années de création ininterrompue témoignent d’une résilience rare, d’une foi inébranlable dans le pouvoir de l’art et d’un engagement constant envers le théâtre, la jeunesse et la société haïtienne. Plus qu’une compagnie, Foudizè Théâtre est devenu un symbole de persévérance, démontrant qu’il est possible de faire vivre un projet culturel durable, même lorsque tout semble conspirer contre lui.
Ce 8 juillet 2026, l’association marque un quart de siècle d’engagement au service de la culture haïtienne. Mais derrière cette date anniversaire se cache une histoire faite de sacrifices, de persévérance, de convictions et d’un amour indéfectible pour le théâtre, le conte et la transmission de notre patrimoine.
Depuis sa création, le 8 juillet 2001, Foudizè Théâtre n’a jamais considéré l’art comme un simple divertissement. L’association en a fait un outil de résistance, un espace de liberté, une école de citoyenneté et un rempart contre l’oubli. Lorsque les armes font taire les voix, le théâtre, lui, continue de parler. Lorsque les murs s’effondrent, la culture demeure l’un des derniers refuges capables de maintenir un peuple debout.
Le parcours de Foudizè Théâtre épouse, à bien des égards, celui d’Haïti elle-même. Les années d’espoir ont côtoyé les périodes de désillusion. Le séisme du 12 janvier 2010, les crises politiques, les difficultés économiques, l’absence d’une véritable politique culturelle et l’insécurité chronique auraient pu mettre un terme à cette aventure. Pourtant, la troupe a refusé de céder. Elle a continué à créer, à former, à transmettre et à croire que l’art pouvait encore changer des vies.
Au fil des années, Foudizè Théâtre a révélé des talents, accompagné de jeunes artistes et porté la création haïtienne sur plusieurs scènes internationales. Mais son héritage le plus précieux demeure sans doute le Festival Interculturel de Conte “Kont Anba Tonèl”, lancé en 2009. Dix-sept éditions plus tard, ce rendez-vous est devenu bien plus qu’un festival : il est un sanctuaire de la parole, un espace où les récits ancestraux continuent de vivre, où la mémoire populaire refuse de disparaître et où les nouvelles générations apprennent que l’identité d’un peuple se raconte autant qu’elle s’écrit.
À travers cette célébration, Foudizè Théâtre n’a pas seulement rendu hommage à son propre parcours. L’association a également voulu saluer toutes celles et tous ceux qui, depuis vingt-cinq ans, refusent de laisser s’éteindre la flamme de la culture haïtienne. Artistes, bénévoles, partenaires, institutions, médias et spectateurs ont, chacun à leur manière, contribué à faire vivre un projet qui dépasse le cadre d’une simple compagnie de théâtre pour devenir un véritable engagement en faveur de la création.
Une reconnaissance particulière a été adressée à la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL) et à l’Institut Français en Haïti (IFH), dont l’accompagnement fidèle au fil des années a permis à de nombreuses initiatives culturelles de naître, de se développer et de s’inscrire durablement dans le paysage artistique national. À travers leur soutien, ces institutions ont contribué à préserver des espaces de création, de dialogue et d’expression, dans un contexte où la culture demeure l’un des plus puissants leviers de résistance et d’espérance.
Pour Koulis Atizay, le vingt-cinquième anniversaire de Foudizè Théâtre dépasse la célébration d’un parcours remarquable. Il rappelle qu’en Haïti, les plus grandes victoires ne se mesurent pas seulement en infrastructures ou en statistiques, mais aussi dans la capacité de femmes et d’hommes à préserver des espaces où l’imaginaire, la parole et la création continuent d’éclairer l’avenir.
Vingt-cinq ans après sa naissance, Foudizè Théâtre ne célèbre donc pas seulement un anniversaire. Il témoigne qu’au cœur des épreuves, la création demeure une force capable de rassembler, d’éduquer et de transmettre. Son histoire est celle d’une conviction restée intacte : tant qu’il y aura des artistes pour monter sur scène, des auteurs pour raconter notre réalité et des publics pour écouter ces récits, le théâtre continuera de faire battre le cœur d’Haïti. Plus qu’un héritage, Foudizè Théâtre lègue une promesse : celle que la culture, portée avec passion et persévérance, demeure l’un des plus sûrs chemins vers l’espérance.

