Depuis plus de trente ans, Strasbourg et Jacmel entretiennent une coopération artistique et culturelle qui met en lumière les valeurs patrimoniales de l’espace caribéen. C’est dans cet esprit d’échange, de dialogue et de valorisation des richesses culturelles qu’est né le festival Stras’caraïbe, fruit d’un partenariat dynamique entre des associations d’Haïti et de Strasbourg. Organisée cette année sous le thème « Souffles et pulsations », la troisième édition a célébré la créativité, la mémoire et les expressions artistiques des deux communautés. Plus que jamais ancrée dans les traditions et l’identité caribéennes, elle a aussi renforcé les liens de solidarité et de partage entre les deux territoires.
Le cadre enchanteur de lieu d’Europe a été le théâtre de cet évènement qui s’est tenue le 6 juin 2026 dans la ville de Strasbourg. C’était une grande journée de manifestations culturelles artistiques et intellectuelles, en hommage à l’héritage caribéen. Un programme riche et diversifié a été livré au public qui a fait le déplacement. Du côté des artistes guadeloupéens et martiniquais, l’accent a été mis sur des pans emblématiques du patrimoine culturel antillais, à l’image du gwoka, des danses traditionnelles et autres expressions qui rythment encore la vie culturelle de la région.
Élise Kali, artiste guadeloupéenne, nous a fait voyager dans les colonies françaises du « siècle des Lumières » avec deux quadrilles. Héritée des salons du 18ᵉ siècle et réinventée par la culture créole, cette danse en carré, guidée par le commandeur au son des tambours et des accordéons, est symbole d’harmonie collective. Elle est inscrite au patrimoine culturel immatériel de la France depuis novembre 2025
Marie Louise RC nous a ensuite conduit dans un univers poétique avec deux poèmes extraits de Pensées d’esclaves – petites histoires contées. Les concerts de Béguine è Ka ont fait résonner gwoka et zouk, mêlant percussions traditionnelles et créations originales pour une expérience musicale chaleureuse et authentique. La littérature caribéenne a rythmé la journée : Makaya’Art et CERAG ont animé des salons de lecture mettant à l’honneur auteurs et autrices de la région, ouvrant des échanges sur l’identité, la mémoire, l’imaginaire et la résistance. Christine de Colomb a offert une escapade dans l’univers des contes antillais, entre poésie, traditions et magie..
Le sociologue Léo Pizo Bien-Aimé a proposé une conférence-création mêlant théorie et performance. Il y a dénoncé l’occultation de l’histoire de l’esclavage en Amérique latine et dans la Caraïbe, rappelant l’urgence d’agir contre les violences politiques, notamment en Haïti, et plaidant pour une justice réparatrice.
Natania Péricles et Hasner Gélin ont prolongé cette réflexion par une lecture scénique d’auteurs haïtiens et antillais, faisant résonner la mémoire de l’esclavage et ses héritages dans les sociétés caribéennes et latino-américaines.
Le cinéma était également au rendez-vous : les festivaliers ont pu visionner le court-métrage de la cinéaste haïtienne Wendy Désert, intitulé Kenbe Alada. Cette œuvre est le fruit d’une collaboration étroite entre la danseuse et chorégraphe Linda Isabelle François et Wendy Désert. Par le biais de la rencontre de la poésie, de la transe et du rituel, les deux artistes proposent un univers visuel et symbolique profondément ancré dans les traditions culturelles caribéennes.
Portée par le langage du corps et de l’image, cette œuvre explore les questions de l’identité, de la mémoire et de l’appartenance. Chaque geste, chaque mouvement et chaque séquence contribuent à raconter l’histoire d’un peuple en quête de ses racines, de son héritage et de sa propre définition de soi.
La chanteuse et comédienne haïtienne Lorrane Stessie Charles a apporté sa contribution, à Stras’Caraïbe, par le moyen d’un spectacle empreint d’une grande cohérence artistique, consacré à la célébration de la femme haïtienne dans ses dimensions historiques, sociales, culturelles et spirituelles. Par l’interprétation d’œuvres marquantes du répertoire musical haïtien, l’artiste a présenté au public un voyage au cœur de l’âme d’un peuple, faisant vibrer un patrimoine musical tissé d’histoire, d’identité et de transmission.
Cette belle journée de festivités culturelles, artistiques et littéraires est avant tout le fruit du compagnonnage entre les associations Makaya’Art, Tous et Toutes Azimuts, Chemin du Dedans, CHAPO, le CERAG et le Château Musée Vodou. Grâce à leur engagement et à leur travail constant, cet événement met chaque année en lumière la richesse de l’identité et de l’héritage caribéens.
Porté par l’énergie et la détermination de ces acteurs associatifs, le festival ne cesse de grandir et de gagner en reconnaissance. Une dynamique prometteuse qui lui permettra sans nul doute de s’imposer durablement comme un rendez-vous incontournable du paysage culturel régional.




